
Michel
Gourdet
CLAUDE SERNET SOUS L'OCCUPATION
Au cœur des villes,
isolés de leur tumulte derrière de hautes murailles, il y a
toujours des cimetières. Les vivants qui en franchissent parfois les
portes découvrent ainsi la présence discrète et les ultimes
traces d’êtres devenus à jamais silencieux. A Paris, dans celui du
Montparnasse, le passant peut achopper sur une tombe modeste où,
malgré les morsures du temps, une plaque de marbre indique encore :
" Ernest Benoît SPIRT dit Claude
SERNET –Poète – 1902 – 1968 ".
Nos lourds passés
collectifs ne sont que les restes du présent aboli de millions d'hommes.
Ils finissent aujourd'hui bien rangés
dans quelques mémoires, dans nos milliers de bibliothèques.
Notre passé, nos morts et leurs souffrances, nous les vivants
d'aujourd'hui, comment nous les approprier ? Pourquoi vouloir percer ce qui
reste le mystère de ce qui n'est plus ?
La guerre et la captivité
A trente-sept ans, le 15
octobre 1939, Claude Sernet est mobilisé. C’est à Fontainebleau,
par son incorporation au vingt-deuxième régiment d'infanterie,
qu'il paie sa dette au pays qui vient de le naturaliser le 18 février
1938. C’est un presque quadragénaire qui vient de dire au revoir aux
quelques amis qu'il garde à Montparnasse, ainsi qu'aux habitudes qu'il a
lentement ouvrées depuis son arrivée en France douze ans
auparavant.
Le premier
élément visible de la vie militaire est la chambrée, qui
marque d’abord une brusque rupture avec toute activité
cérébrale, c’est le poids terrible de la promiscuité, ce
sont aussi des difficultés permanentes pour garder le contact avec ses
amis et surtout avec sa sœur Colomba Voronca. Chaque jour de caserne est
une terrible et profonde épreuve. L'hiver 1939 passe lentement. Au
printemps la vie de garnison l’étouffe. Pour échapper à
l’attente, il demande à monter au front. C’est autour de Rethel, en
avril-mai 1940 qu’il rencontre enfin la guerre.
Pris dans les combats de la
ligne Maginot, ce qui allait devenir la "drôle de guerre" le
bouscule. Avec des milliers d’autres combattants en uniforme, Sernet perd le
sens du monde dans ces instants où toute une époque vacille
lentement avant de s’abattre dans quatre ans d’horreur. Le spectacle qui se
développe sur la frontière de l’Est préfigure la
tragédie qui va se nouer le 14 juin 40 avec l’entrée des troupes
de Hitler à Paris, et qui sera aggravée par la capitulation du 22
juin qui provoque la coupure en deux du pays. Chaque minute de cette fin de
printemps est un condensé de l’apocalypse qui depuis sept ans progresse
en Europe. Le 17 juin Pétain demande l'armistice. La défaite a pour principal effet de provoquer la
réaction forte et spontanée de nombreux intellectuels souvent peu
connus, comme Pierre Seghers, pour qui la poésie, la critique
littéraire et artistique deviennent des refuges, des conservatoires du
refus, des armes de combat.
A Méry-sur-Seine, le 15 juin 1940, Sernet devient
un prisonnier de guerre, un "KG", ou encore un
"Kriegsgefangener". Il commence alors le triste parcours des stalags.
Son camp le moins provisoire est celui de Pure, une petite ville des Ardennes.
Et comme il faut occuper ces milliers d'hommes, il sera tour à tour
débardeur, fossoyeur, terrassier. Le poète devient un homme
à tout faire. Le temps passe, mais contrairement à la grande
majorité de ses camarades, il est persuadé de
l'instabilité de leur situation. Il craint plus que tout un transport en
Allemagne.
Cette détention provoque
en lui une vraie rupture. Parce qu'il tente désespérément
de rester vivant, parce qu'il veut échapper à l’insupportable,
Sernet projette alors une évasion. En attendant, il écrit des
poèmes pour occuper son esprit. Ces poèmes de prisonnier portent
les marques des transformations profondes de son être au monde. La guerre
et la captivité creusent encore un peu plus les cicatrices des
souffrances, des échecs, des privations vécues par le
poète roumain post-symboliste qui avait refusé les fulgurances de
l’avant-garde en se lançant dans l’aventure de
l’éphémère groupe Discontinuité[1].
Le besoin d'échapper à l'anéantissement le rend solidaire
du destin des hommes, et à ce moment de sa vie une chanson illustre ce
tournant poétique. Dans le texte intitulé Chanson de quelques-uns il aborde une expression poétique
très populaire :
Nous les vomis, les mal lotis
Les rejetés, les emmerdés
Les nez crochus, les gueules noires
Les juifs, les nègres, les sidis
Les étrangers, les éloignés
Les sans patron, les sans famille [2]
Les poèmes de cette
époque d'enfermement s’aimantent du mal être qui le submerge, ils
préfigurent aussi ceux qui vont surgir dans les revues poétiques.
Il réalise deux tentatives d’évasion avant de pouvoir
réussir à regagner Paris en mai 1941. Mais la zone occupée
reste trop dangereuse et il traverse la ligne de démarcation à
l'automne 1941 pour aller se réfugier près de Narbonne dans un
petit village de la zone sud. Sernet passe d'un état de paria à
un autre état de paria. Lui, le Roumain, l'émigré, le
poète français, le prisonnier de guerre, le voilà
maintenant devenu le réfugié. Comme des milliers de
Français, il découvre brusquement la vie immobile de la campagne
française. A Bizanet, village languedocien, un ami parisien Pierre
Lacaze lui a trouvé un toit chez une de ses tantes. Dans ce village
isolé et minéral, perdu au milieu de l'ondulation des ceps de
vignes, Sernet noue des contacts nombreux avec d’autres poètes qui
entrent alors dans le long combat qui va peu à peu devenir
Durant cet été
quarante des dizaines d’artistes sont obligés de quitter Paris. Leur dispersion favorise aussi la recomposition
des alliances, la constitution de nouveaux groupes, et cette période
devient un moment d’activité exceptionnelle pour de multiples revues
littéraires et poétiques[3].
Depuis son village, Sernet trouve des amis. Tout près, à
Carcassonne, il y a Joë Bousquet ; à Marseille c’est Jean
Ballard et ses Cahiers du Sud ;
à Villeneuve-lès-Avignon c'est Pierre Seghers, qui après
ses Poètes Casqués,
édite Poésie ; un
peu plus au nord, c'est René Tavernier qui publie à Lyon Confluences ; à Genève
c'est Albert Béguin qui diffuse ses Cahiers
du Rhône, et de l'autre côté de
La collaboration de Sernet à Méridien
A deux pas de Bizanet, Sernet
se met au travail pour Denys-Paul Bouloc qui vient de lancer à Rodez, la
revue Méridien. Pendant deux
ans, en tenant la rubrique de critique de poésie, il assure ainsi sa survie,
dans les deux sens du terme. Ces revues qui existent dans une
semi-clandestinité entretiennent aussi le refus de l'ordre noir qui fait
chanceler l'Europe. Elles sont des porteuses d'espoir pour tous ceux que les
querelles des avant-gardes avaient déchirés. Avec l'Occupation et
le régime de Vichy, une période différente s’installe,
elle oblige tous ces poètes à resserrer leurs rangs et à
se rassembler. Sernet trouve enfin sa place dans une communauté
soudée par les risques courus; et Sernet se fond dans les souffrances
quotidiennes. Dans un pays occupé, le poète est plus que jamais
pour lui "à la fois un charmeur et un dispensateur
d'enseignements"[4].
La force et le pouvoir du chant réveillent ses engagements symbolistes
de jeunesse, et il note dans son journal : "Le
poète est un visionnaire - il voit et fait voir". Même si un
tel entêtement entraîne toujours un lot de puissantes souffrances
et de malédictions tenaces, il revendique totalement le poids de la vie.
Ses participations de critique
dans Méridien mettent l'accent
sur une certaine forme de poésie authentique, finement
travaillée. Plus que jamais, il insiste sur l'importance de la
concision, et pour lui l’abandon aux facilités du langage relève
d'une trahison de l'art poétique. Ces années d’Occupation vont
aussi permettre à Sernet de poursuivre la construction de cet
édifice qui hante tous les poètes : un "art"
poétique. Les techniques d'expression que les écoles
d'avant-garde avaient mises au point avant la guerre lui semblent plus que
jamais dangereuses pour la poésie car elles entretiennent la
facilité. Il part ainsi en guerre contre le Futurisme qu’il avait
croisé à Pavie dans les années vingt.
Qui se souvient de ce grotesque cadavre né longtemps avant terme
et enterré plus longtemps encore après sa complète
putréfaction, et qu'une espèce de fou tonitruant se
dépêcha de baptiser, pour le sauver des limbes de l'oubli, du nom
pompeux de "Futurisme" [5].
Il rejoint les points de vue
d’un Eluard déclarant que pour être forte la poésie doit
être faite par tous. Pour faire bonne mesure, il dresse une liste de
cinquante poètes contemporains qui composent sa bibliothèque
idéale : Artaud et Adamov, Char et Daumal, Mauriac et Ponge,
Montherlant, Leiris, et Guillevic; et
d'autres poètes encore : Monny de Boully, Camille Bryen, Pierre Boujut,
Benjamin Fondane, Max-Pol Fouchet, Roger Gilbert-Leconte, Pierre Morhange,
Céline Arnauld, André de Richaud. Pour lui, tous ces
poètes "ont mis leur prédestination au service de la
poésie (et) sont restés fidèles à une des multiples
formes de l’activité de l’esprit. C’est-à-dire, qu'ils n’ont pas trahi" [6].
Breton est parti pour le Etats-Unis et de nombreux surréalistes ont
choisi l'exil. Dans
Sernet veut faire accéder l’ensemble des
lecteurs de Méridien à
l'intelligence de la poésie, il contribue à faire connaître
la poésie qui lève alors en France, portée par les Eluard,
les Desnos, les Aragon et dont les efforts reposent sur un retour à la
tradition.
Son activité régulière à Méridien rend aussi compte de son
évolution personnelle. Son isolement en zone sud, l’exercice permanent
de la poésie et de la critique lui permettent de prendre du recul.
Claude Sernet tire de ces heures difficiles de nouvelles forces
poétiques. Il publie deux poèmes dans Méridien tout en travaillant à d'autres poèmes
qu’il ne se décide pas à publier. En 1942, dans Cortège, il tente pourtant de
faire revivre les images poétiques des troubadours :
C’est mon enfance toute
Qui passe et me revient
En robe d’écarlate
En grègues de satin
Année après année
Les nuits après les jours
Lointaine et proche ensemble
Au long des carrefours [7].
Ce n'est qu'en se trempant dans la poésie
d’une période ancienne et heureuse qu'il peut supporter les jours
difficiles de ces sombres années. A côté de ces visites
dans l’univers de la poésie courtoise, il compose aussi des variations
sur le mot qui constitue toujours pour lui la pierre angulaire de tout
poème :
Si je le tais, il chante comme une aube
Si je le dis, il redevient silence [8]
Mais la guerre se poursuit.
Sernet tutoie toujours "le malheureux" au milieu d’autres hommes
détrompés de vivre par un énorme accident de l’histoire.
Tous ses poèmes sont empreints d’une grande tristesse et une
éternelle révolte continue de progresser :
Assez
de vains remords ! Assez de belles hontes
Il
faut oser avec l'instant [9].
Durant ces années d'attentes, chaque
déplacement comporte un risque, aussi la carte postale inter-zone lui
permet-elle, malgré ses contraintes, de renouer des contacts. Plusieurs
d'entre elles sont adressées à Benjamin Fondane[10]
à qui il demande des poèmes.
Pour tenir, il choisit de vivre au plus
près des poètes. Il retrouve souvent à Carcassonne l'appui
et l'amitié de Joë Bousquet dont il devient un familier. En effet,
à un moment où les critiques connus prononçaient
très rarement le nom de Sernet, le poète-philosophe a
été l’un des rares à reconnaître ses talents
poétiques et à en rendre compte sans les détours
habituels, prudents et circonspects de ceux qui jugent un débutant.
Avant la guerre, déjà, Sernet était pour lui : "Un
poète dont l'œuvre apparaît comme une façon de
comprendre la vie"[11].
Et puis à Carcassonne il y a aussi sa sœur Colomba.
Ces rencontres et ses activités critiques
à Méridien lui
permettent de participer à l'entreprise de
Il quitte alors Bizanet pour aller chez son
ami Jean Carrive[12]
à
Une
Libération libère-t-elle ?
Si en 1940, la plupart des artistes avaient
quitté Paris pour se fixer dans la zone sud de
Super
flumina Babylonis
Rapide
ou lent, de boue aveugle ou d'herbes folles
Tantôt
paisible et clair, tantôt bouillant et trouble
Intarissable,
épars et vaste
De
l'éternelle source à l'éternelle mer
Entre
ses rives d'ombre et de lumière
Le
fleuve charriait des eaux vivantes
Des
heures plus trompeuses
Des
cendres, des rayons, des bribes de néant.
Venus
de loin, non pas ensemble
Mais
l'un derrière l'autre, allant d'un même pas
Et sur la même route et vers la
même étoile
Toi,
mon aîné d'un rêve, d'un mirage
Moi,
ne pouvant que suivre et te rejoindre
Au
carrefour tonnant de nos jeunesses
Unis
dans notre veille et seuls dans nos révoltes
Nous
sommes demeurés longtemps –
Longtemps
à reconnaître un nom pour chaque étape
A
regarder les rives d'ombre et de lumière
A
nous choisir la joie et la souffrance
-
Quand, brusquement et sans un geste et sans un cri
Tu
te levas du seuil de notre attente
Et
disparus.
Un
tout petit nuage, un astre de fumée
Traînait
déjà là-haut parmi le ciel
Comme
une haleine de colère
[16]
En juin 1944, dans le numéro 1 de L'Eternelle Revue qu’Eluard vient de
créer, il publie sous le pseudonyme d’Armand Lanson, le poème Kriegsgefangene. Cette revue dont il ne
reste que de très rares exemplaires fait connaître de nombreux et
très simples poèmes d'auteurs qui, comme Sernet, publient sous un
nom d'emprunt.
Louis
Hé Durieux Louis,
Chauffeur-métallurgiste
dans le Nord
Et caporal au 127 R. I.
A ce tournant de l'heure
encore prisonnier
Du fond de ta
Poméranie humide et noire
Ou de ta Prusse
Orientale
Là-bas, de ta
baraque en planches de cercueil
Derrière tes
réseaux de barbelés
Malgré les
épaisseurs de nuit qui nous séparent
Et cette absence
impénétrable
Où de nouveau
nous sommes étrangers
Peux-tu m'entendre et me
sentir
Tromper la sentinelle et
battre les paupières
Rouvrir les yeux, me
faire un signe
Me dire quelque chose et
me répondre
Alors que je te cherche
et je t'appelle
Et que je lance aux
quatre vents ton nom ?
(…) 18
juillet 1941
Le nom de Sernet figure à
côté des noms d'Eluard, d'Aragon, de Seghers, de Char, de Cassou,
de Vercors, de Guillevic, de Loys Masson, de Pierre Emmanuel, de Charles
Vitrac, ou encore de Ponge [17].
A peu près à la même époque, et dans un petit
recueil "Chants des Francs-Tireurs", il donne un autre
poème de circonstance dont le
titre Un Poème est le
récit en vers libres d'une vengeance dans laquelle le poète abat
un soldat allemand.
(…)
Il
marche là
Tranquille
et sans souci
Comme
un martyr content vers son bûcher d'étoiles
Parmi les bonnes gens qui
passent
Et cette rue étroite,
où s'engloutit la veut
Sans hâte et plein
d'orgueil
Dressant la tête et
méprisant la foule
Et je lui dis, marchant
derrière lui.
Soldat de chair. mon ennemi, mon frère
Merci d'avoir changé mon
âme
Mon châtiment, ma
destinée
D'avoir trompé mon
rêve d'innocence
D'avoir guéri la plaie
ouverte par ton crime
D'avoir permis que l'ordre
s'accomplisse
Merci
d'avoir renouvelé mon cœur
Mon
deuil ma honte mon remords
Merci
d'avoir rendu mon leurre à son néant
Faisant
de moi
Ton
juge et ta victime
Si
longuement puni d'absence
Si
tristement coupable de ta faute
L'obscur
outil d'une œuvre de justice
Quelqu'un
qui ne veut plus mourir
Qui
se défend
Qui tue.
La période de
l’Occupation est pour Claude Sernet comme une nouvelle longue nuit, semblable
à celle qu'il avait déjà éprouvée en
Roumanie dans son enfance. Une fois encore, c'est la poésie qui est son
unique compagne. Les cinq longues et difficiles années qu'il vient de
vivre, et dont il a réchappé, ont
posé leurs marques.
En cinq ans, le monde des
lettres a subi un profond brassage qui a fait tomber la plupart des
préventions et des barrières qui s’étaient
installées avant 1939. Les poètes, avec tous les Français,
ont le sentiment de quitter une cage, tous les chants semblent se confondre[18].
Avec tous les poètes, et sans l'avoir recherché, Sernet partage
une gloire légitime. Pour lui cette période est importante,
capitale même. Il a vécu collectivement des problèmes
partagés par tous, il a pu sortir de l’isolement dans lequel sa
poésie personnelle l’avait enfermé. Avec l'expérience de
Heureux de pouvoir parler de
préoccupations anodines aux yeux et aux oreilles poétiques, mais
familières à tous les hommes, Sernet se laisser porter par
l'élan qui touche une partie alors grandissante du monde des lettres et
des lecteurs. A 42 ans, il milite dans diverses organisations issues de
La vie lui redonne encore un nouvel élan
à la fin de l'année 1946, lorsque sa mère peut quitter
[1] Michel
Gourdet, Claude Sernet,
éditions Oxus, Paris 2004.
[2]
[3]- Consulter Europe
n°543/544 - juillet/août 1974 "
[4] Méridien,
n° 5, janvier-février 1943, 33.
[5] Méridien,
n° 4, 37.
[6]- Méridien, n° 1, mai-juin 1942,
sans pagination.
[7] Poème inédit.
[8] Repris dans son anthologie Les Pas recomptés, Seghers, Paris
1962, 37.
[9] ''Apprentissage", Méridien, n° 7, mai-juin 1943.
[10] Monique Jutrin a publié cette
correspondance dans : Dialogue,
Montpellier, 1989.
[11] Critique,
août 1938.
[12] Jean Carrive ( 1905-
1963). Écrivain, traducteur, Jean Carrive rencontre André Breton
en1923. Membre très actif du groupe surréaliste, il fait
"acte de surréalisme absolu" en 1924 en signant le premier
manifeste. Il est exclu du groupe en 1927 parce qu'il refuse de collaborer
à Clarté. Il participe
à l'unique numéro de "Discontinuité". Au sujet
de Jean Carrive, voir dans ce Cahier l'article : "En marge du
'gouffre' : Fondane, Kafka et le 'Grand Lundi' ".
[13]Le rappel de
quelques dates peut aider à mieux comprendre pourquoi certains
rentrèrent à Paris à cette époque. Le 10 juillet
1943 les troupes alliées débarquent en Sicile, et le 3 septembre
1943 le général Montgomery débarque en Calabre.
[14] Pour la chronologie de la poésie
pendant
[15]Fidèle
à son amitié, Sernet publiera en 1965 aux éditions de
[16] Ce
poème a été publié pour la première fois
dans : Cahiers France-Roumanie, no 6, déc.-janv. 1947;
ensuite dans Non Lieu, numéro spécial Fondane, 1978.
Dans le
neuvième vers, il y a une allusion au début du poème Ulysse
: "Ami, nous étions venus de loin ensemble."
[17] Pour
l'importance des poètes résistants voir le numéro 543-544
de la revue Europe juillet-août 1974 ;
Soixante ans
après la parution du premier
numéro des Cahiers du Rhône la lecture de l'avertissement d'Albert
Beguin rend toujours parfaitement compte des motivations de tous ces
poètes et de ces écrivains qui, au-delà de leurs
différences ou de leurs appartenances idéologiques ou
religieuses, se sont unis pour participer à l'effort collectif de
résistance. : " Un jour de l'automne 1941, à Genève,
quelques étudiants, liés d'amitié, les uns Suisses, les
autres Français, se demandaient une fois de plus comment ils pourraient
entrer dans le combat spirituel de leur génération et de notre
temps. Désireux de ne pas rester plus longtemps les spectateurs
consternés et inertes du désastre européen, ils
éprouvaient le besoin de porter un témoignage actif de leur
espérance et de leur foi, de les professer d'autant plus hautement
qu'autour d'eux tout paraissait s'y opposer, les cruelles paroles et le plus
cruel silence de l'oubli. Comment demeurer ainsi, vainement rongés de
tristesse et d'indignation, quand tant de voix sur lesquelles on avait
compté se laissaient séduire aux reniements ou réduire au
mutisme ? (…) Le temps n'est pas de rêver, et il faudra bien que nous
sachions, que nous disions pour quelles raisons de toujours nous ne pouvons
consentir à certaines ruines."
[18] Son ami Pierre
Seghers rappellera un peu plus tard que "Depuis deux ans, comme il se
doit, les poètes qui ont voulu demeurer en France ont partagé le
malheur du pays. La poésie ne claironne pas, elle n'enrôle pas,
elle est soulèvement profond, intérieur, elle gronde comme un
orage au cœur de l'homme. Ce n'est pas seulement son pays et son
passé que le poète défend, mais sa dignité son
existence essentielle, employons le mot son âme. Le poète lutte,
à mort s'il le faut, pour la lumière contre les
ténèbres pour la liberté contre tous les carcans". Seghers,
[19] "La poésie des années quarante va
à contre courant de l'hermétisme et de l'obscurité, Elle
vient demander son bien au langage commun, elle se banalise et s'efforce
à des degrés variables selon les habitudes prises de n'être
ni précieuse, ni "mandarine" - Gaucheron,
"Un grand moment de la poésie française", Europe, La poésie et
[20]
Le Comité National des Ecrivains est créé dans la
clandestinité en 1943. Il y a
Jacques Decour, désigné par Aragon comme l'interlocuteur avec les
intellectuels non communistes, Paulhan qui est chez Gallimard le voisin de
Drieu.A la fin de l’année 1943, le CNE se réunit chez Edith
Thomas rue Pierre Nicole. En 1944 Gallimard-NRF redevient l'éditeur
d'Aragon et d'Eluard (Voir Gisèle
Sapiro,