
Helene Lenz
«
D’autres que NOUS (flâneurs, grammairiens
mûris au miel intime du poème »[1],
Dans des textes de
critique littéraire publiés dans la presse roumaine avant 1923,
Fondane a développé des réflexions sur des
problèmes de poétique, mais aussi sur la nature de la langue
littéraire. Citons plusieurs séries d’articles : « Noi simboliştii
I/ Nous, les symbolistes I »[2], « Noi simboliştii II/ Nous les
symbolistes II »[3],
au sujet d’un mouvement littéraire et sa poétique. D’autres
chroniques ont formulé des observations sur la légitimité
d’un genre en plein essor : « Critica – Probleme vechi, I, II, III/ La
critique, anciens problèmes I, II, III »[4], ou sur la théorisation de l’art du
langage depuis Aristote : « Probleme de poetică/
Problèmes de poétique »[5],
« Probleme de poetică : decadenţă / Problèmes
de poétique : la décadence »[6]. Sur une « finesse
esthétique » d’un critique
moldave : « Spiritul critic în cultura românească, I, II[7]
/ L’esprit critique dans la culture roumaine I, II »,[8]
où il commente l’oeuvre de Garabet Ibrăileanu,
théoricien d’origine arménienne, traducteur, sociologue,
professeur à l’Université de Iaşi (1908-1934).
Quant aux trois articles intitulés « Syntaxe », dont nous publions la traduction, ils
méritent particulièrement notre attention pour leur
perspicacité concernant la langue littéraire. Le point de départ
du premier texte est polémique. Il fait état d’estimations
liées à une xénophobie, sinon à un racisme, dont
Fundoianu démonte les rouages méthodiquement. Comme d’habitude,
l’attitude de l’auteur est celle d’un intellectuel qui, sans se départir
d’une fine ironie, se garde de toute
véhémence :
« La plupart des écrivains roumains se sont réciproquement
exclus de la littérature, - en maniant une injure : l’ignorance du
roumain. L’injure se revêt d’un poids accablant quand l’acte de naissance
de l’auteur de l’écrit renvoie à une origine sémite. »
Selon Constantin Pricop,
Fundoianu évoque ici un problème perçu par Bakhtine. Ce
théoricien distingue la grammaire de la translinguistique,
préfigurant la pragmatique. Alors que la grammaire traite de ce qui est
réitérable, il faut créer une nouvelle discipline pour
étudier le langage dans ses conditions concrètes d’utilisation.[9]
Le deuxième texte montre que la xénophobie linguistique est
en contradiction avec l’histoire même de la littérature roumaine,
puisque des auteurs fondateurs ont élaboré la langue
littéraire nationale sur des calques étrangers relevant de textes
chrétiens orthodoxes.
Le troisième article
évoque le modèle génératif premier aux yeux
des romanistes : la stylistique des Latins. Ces derniers aussi
distinguaient les bons écrivains à partir d’évaluations
fondées sur une estimation stylistico-syntaxique. Cette analyse, qui se
réfère nommément à Aristote, rappelle certains passages
de « L’Art poétique »
d’Horace, qui n’est pas cité, mais pourrait être un souvenir de
lecture scolaire de l’auteur du poème « A Taliarh » (Privelişti),
(si proche de « Taliarchus », [10]
qu’on pourrait le voir comme son
pastiche). Les alliances des termes, la création néologique,
étaient approuvées par Horace. [11]
La « faute syntaxique », commentée dans le troisième
texte, rappelle Horace[12]
au même titre que l’idée de « circulation ». L’auteur latin jugeait vital de « mettre en circulation
un mot marqué au coin de l’année »[13].
De même, le métropolite Simion Ştefan, un des premiers
traducteurs roumains,
énonce : « Les mots doivent être comme des
pièces de monnaie […] Les bons sont valables partout. » Si la faute
est syntaxique, affirme Fundoianu, c’est sa valeur de circulation qui doit
trancher ; si elle lui permet de s’implanter dans l’écriture
contemporaine, elle ne se nomme plus faute, mais rébellion ou
révolution. Nul ne s’étonnera que Fondane, à la suite de
Hugo, de Claudel, de Proust, se place sous le signe de la rébellion,
s’élevant dès sa jeunesse contre
le carcan de la grammaire normative.
Benjamin Fondane
SYNTAXE
(Une incursion dans la
littérature roumaine)
I
Il y a quelques jours, dans des
colonnes de journal, Monsieur Scarlat Froda[14]
a traité par l’anecdote un problème méritant davantage de
passion et d’importance. Il a cependant produit au grand jour une observation
féconde en signification. La plupart des écrivains roumains se
sont réciproquement exclus de la littérature, – en maniant une
injure : l’ignorance du roumain. L’injure se revêt d’un poids
accablant quand l’acte de naissance de l’auteur de l’écrit renvoie
à une origine sémite.[15]
Son texte est alors suspecté jusqu’à l’absurde et d’innombrables
critiques ont prouvé que la langue de Ronetti-Roman[16]
n’est pas roumaine. Je regrette que Messieurs Toma et Nemţeanu n’aient pas
été plus grands poètes. On leur aurait fait l’honneur de
leur découvrir cette même lacune -
tous deux, en particulier A. Toma
– écrivent un roumain on ne peut plus pur.
Le plus beau cas est celui du critique Lovinescu
réexaminant Galaction[17].
(A ses yeux) « Bisericuţa
din răzoare/ La chapelle des sentiers[18]»
a le défaut d’être écrit dans un style barbare :
l’auteur aurait mélangé des mots par ignorance de la langue
roumaine. L’impression des autres – j’ose la renforcer de la mienne –, c’est
que Galaction fait partie des deux, trois (auteurs) à avoir
conféré à la langue roumaine une saveur sans pareille. La
langue de Galaction a conservé les mots, comme on conserve les fruits
jusqu’à ce qu’ils se ratatinent.
Assez archaïsée, la langue de Galaction s’est
renouvelée avec le greffon du vocabulaire français, dans la
mesure où les termes démodés et ceux qui étaient
trop nouveaux à l’oreille pouvaient harmonieusement cohabiter.
Arghezi est passé lui aussi par le poteau de l’infamie
grammaticale. Même ses admirateurs
voient Arghezi comme un médiocre connaisseur de sa propre langue. A mes yeux, Arghezi sait
assez la langue roumaine pour la démolir et pour la construire. Avant de
faire la révolution ailleurs, les grands artistes s’attaquent à
la langue écrite. Eminescu est l’auteur de la première
révolution. Trente ans plus tard, Arghezi a suscité la
deuxième.
En attendant de découvrir le point de départ
de la confusion –, enregistrons une des plus odieuses calomnies inventée
par les hommes: une personne née en Pays roumain, ayant bu le lait d’un
sein autochtone, ayant appris de son premier instituteur en classe
préparatoire « Mioriţa »[19]
peut être accusée de ne pas connaître le seul
élément tangible de sa patrie.
Il existe des déracinés, des hommes
incapables de s’assimiler le milieu nouveau où la mer sociale les a
précipités. La biologie et la sociologie refusent de comprendre
qu’un déraciné apparaisse dans un milieu favorable à
l’élément (qu’il représente). Un palmier peut geler au
pôle et un renne suffoquer sous les tropiques.
Un palmier incapable de supporter la chaleur des Tropiques
et un renne gelant au pôle deviennent des phénomènes
possibles dès qu’on prouve que les Roumains nés en Pays roumain
ne savent pas le roumain.
Relevons dans l’injure une première nuance de sens.
Savoir le roumain quand on l’écrit est autre chose que savoir le roumain
quand on le parle. Je dirais que ces deux propositions sont aux antipodes. Dans
la phrase parlée, l’homme est un reproducteur.
Sa langue est un pastiche, plutôt une copie
d’après la langue apprise dans l’enfance, bien mémorisée,
pour éviter que les mots ne se détachent des objets
représentés. L’artiste, dans la langue, est un créateur.
Avant d’atteindre l’émotion et l’âme humaine - l’artiste
s’arrête à l’instrument. Le peintre traduit lui aussi des
états d’âme, de même que le musicien, le danseur. A une
différence près : l’écrivain réalise en langue, le
peintre en peinture et le pantomime en mouvement.
Avant de prouver son originalité en quelque domaine,
l’écrivain doit en faire la
preuve en matière de langue. Il a pour devoir de donner naissance
à des mots nouveaux ou de tuer les anciens. Nettoyer les mots de leur rouille
ou en changer le sens. Agencer autrement leur ordre pour que du rapport nouveau
jaillisse avec véhémence non la clarté des mots, mais la
clarté de l’image évoquée dans les mots comme un
sortilège.
Les éléments dont use l’artiste pour la
fabrication de sa prose prennent le nom global de style. Quand Arghezi
écrit, le lecteur ordinaire
ressent davantage la distance entre sa
propre phrase et celle d’Arghezi. Aussi clame-t-il qu’Arghezi ne sait
pas le roumain. Il oublie ce qu’il a appris en grammaire. Il oublie qu’entre sa
propre phrase et celle de l’écrivain, il doit exister autant de distance
qu’entre une proposition, pensée dite ou écrite, et un style, -
une proposition vue par un tempérament créateur.
Rampa, 28 mars, 1921, p.1.
II
Arghezi[20]
introduit des mots anciens, en enracine de nouveaux, en abrège certains,
en allonge d’autres : il modifie. Il ne sait pas le roumain ? Ses
critiques pourraient de temps en temps lire Aristote. Ce n’est pas
pédanterie que de le feuilleter ou de découvrir au chapitre XXII
de sa Poétique ces formulations :
« Ce qui ne contribue pas peu à la clarté et à
l’élévation du style, c’est
d’allonger, d’abréger, de modifier les mots. En effet,
s’écartant de la forme consacrée par l’habitude, ils ne seront
pas vulgaires et, par ce qu’ils gardent en commun avec l’habitude, ils
produiront la clarté. »
Qu’est-ce que la langue roumaine ? La langue usuelle ? La langue
ancestrale, non abîmée par le jargon d’un voisin
linguistique ? Lisons un feuillet, ouvert par hasard, de Viaţa
Sfinţilor /La Vie des Saints du métropolite
Dosithei[21] :
« Et alors, le visage et le corps de l’inspiré gisant
à terre ; des chrétiens d’ici essayèrent de
l’enterrer dans le sol. A nouveau un serviteur du saint recueillit le sang
sacré de sa gorge bénie. »
Dans cette citation, la langue, quoique roumaine, a un autre
vocabulaire, une autre syntaxe, une autre orthographe qu’aujourd’hui. Les lois
régissant la langue sont
changeantes et la grammaire est d’autant meilleure qu’elle indique les lois
auxquelles les phénomènes se sont soumis à un certain
moment. Quand la grammaire se dresse comme un épouvantail destiné
à effrayer les malfaiteurs linguistiques ou quand elle sert à
combattre les nouveaux créateurs, je soutiens que toutes les trois
décennies, la même grammaire est changée par des
écoles littéraires. Nos
écrits peuvent être, en conséquence, l’objet de la
grammaire de demain, à laquelle notre victoire imposera ses lois et sa codification.
Il existe un génie de la langue – disent les critiques –, un
génie autorisant la liberté, dans les limites d’une
ethnicité stable. Dosithei a-t-il eu ce génie, quand il a traduit
les saints en roumain en usant du vocabulaire et de la syntaxe slavonne ? Miron
Costin[22]
l’a-t-il eu, avec sa syntaxe polonaise?
Et Creangă[23]
empêché d’entrer dans la circulation littéraire par sa
langue tissée de provincialismes ? L’avons-nous tous, Arghezi en
tête, avec notre utilisation de la syntaxe française ? Ronetti
Roman était-il plus coupable encore par ignorance, avec sa langue
obéissant à la construction allemande ?
Naturellement il y a plusieurs manières de pécher contre la
langue. Quand Aderca écrit : « Tous deux se regardèrent de côté, heureux de
trouver une diversion à leur amour commençant si
péniblement ! » – ou : « elle qui par prédisposition organique, voyait
les choses sous un jour favorable » – on peut lui faire deux
reproches. Dans la première phrase, il utilise l’infinitif, dans la
seconde il fait seulement preuve de mauvais goût. En aucun cas, nous ne
le suspectons de ne pas connaître la langue comme le fait le chroniqueur
de L’Indreptarea/ La Correction pour le renvoyer au jargon
yiddish. Quand notre ami G. Dem. Theodorescu[24],
auteur du célèbre roman In cetatea idealului/ Dans la
cité de l’Idéal, écrit : « Mademoiselle Mariette a tenté
à son tour de parvenir à être dure » – la
phrase pèche par accumulation de trois verbes consécutifs dont
à nouveau un infinitif mal placé. Nous le lui reprochons, et si
la chose se répète, nous l’accuserons de manquer de talent, mais
pas de connaissance de la langue.
Quand Minulescu écrit « în violet, în alb,
în roz, şi-n-bleu »/ « en violet, en blanc, en
rose, et en bleu » l’erreur est imputable aux néologismes trop
nombreux à avoir pénétré dans la langue. Galaction
commet la même faute dans Gloria Constantini/ La gloire de Constantini –
une faute dont Monsieur Lovinescu, homme de trop bon goût, a
déjà abusé.
Ajoutons – pour être plus
précis – que Monsieur Lovinescu, qui
est loin d’avoir le talent d’Aderca, serait incapable de commettre des phrases
comme celles d’Aderca ou Theodorescu citées plus haut.
En revanche, Arghezi écrit (dans une phrase du premier article de la
première Chronique sur ma
table) : « Le
cavalier de l’armure s’était impatienté et sortant au mauvais
moment par rupture d’un axe en quelque sorte intérieur, tomba sur la
place publique parmi les cochers, avec sa montre et tout son prestige antique ».
La phrase ne heurte ni par la déclinaison d’un substantif ni par la conjugaison d’un verbe. Arghezi
énonce « ax » pour « axe » et dit « netimp/
non temps » au lieu d’user de la périphrase : « la un timp
nepotrivit/ au mauvais moment ». Le lecteur est gêné par
« ax », par « netimp » quoique le
Porte-Epée Milescu dans sa chronique soit allé jusqu’à
écrire « nepace/ non paix » dans « prepusuri de nepace/
soupçons de guerre ». Mais ce qui gêne surtout le lecteur,
chez Arghezi, c’est l’ordre des mots bouleversé, le prédicat loin
du sujet, l’adjectif avant le substantif,
une foule de violations de la langue.
Quand Coşbuc[25],
un puriste en matière de langue, traduit les Georgiques de Virgile, écoutez :
Insă de-acuma pe
tine tu, Bah […]
Mais à
présent, toi, Bah […]
Hé bien, la langue roumaine coutumière est meurtrie – et meurtrir la langue est
tout autre chose que de produire un écart de simple grammaire,
c’est le problème que nous
abordons précisément : la syntaxe.
Rampa, 31 mars 1921, p.3.
III
Nous en venons à la syntaxe - pour établir la
différence éludée par notre ami Froda, quand il
s’étonne de voir les lettrés se calomnier entre eux, s’accuser de
ne pas connaître la langue. Ce que la grammaire peut contrôler de
manière mesurée mais calculable, ce sont les écarts de ses
lois constantes: conjugaison ou
déclinaison. Mais cet aspect de la grammaire peut ne jamais se
manifester, étant donné qu’il est possible de parler une langue
sans avoir été obligé d’apprendre auparavant sa grammaire.
La grammaire est une chose que seuls les étrangers apprennent : si les
Romains avaient été obligés d’apprendre leur propre
grammaire latine, ils n’auraient plus eu le temps de conquérir le monde,
a dit Heine dans une boutade.
La grammaire ne peut
intervenir dans le domaine de la syntaxe. Ici, prennent fin les lois permettant
de calculer la faute. Le problème fait intervenir le bon sens, ou le
goût. Un élève de lycée sait bien que la
différence entre deux plaidoiries : contre Catilina et en faveur
d’Annius est dans la syntaxe. Il le sait bien, étant donné qu’une
Catilinaire peut aisément être transposée, traduite en
phrase ordinaire – alors que la plaidoirie pour Annius vous tient dictionnaire
en main durant cinq ou six alinéas sans découvrir le verbe de la
proposition. Si l’on étudie les mémoires de César en
première année de cours supérieur, et Tacite en
dernière année – c’est parce ce que César, qui
n’était pas écrivain, avait une phrase simple, sans
sinuosité, une phrase de centurion – et Tacite, un propos aux mots savamment pesés, rangés
sur l’étagère de la phrase en fonction de leur conformité
et de leur courbe. C’est la même langue latine, du latin savant – et pourtant la différence
réside dans le fait que Tacite ne savait pas le latin, puisqu’il avait
une syntaxe personnelle.
Le problème nous préoccupe davantage que ne
le croit Froda et qu’il ne l’a montré. Les discussions quotidiennes,
l’apparition d’Arghezi dans notre littérature rendent son
élucidation inévitable. La syntaxe passe pour une forme de la
grammaire, pour un instrument inférieur et on la confond, bien plus
qu’on ne veut l’admettre, avec la morphologie. Naturellement Monsieur Șăineanu[26]
est à incriminer, lui qui parmi tant de termes dont il a oublié
d’indiquer le sens a donné du mot syntaxe cette définition :
« la partie de la grammaire qui expose les règles de construction
des mots et des propositions ». (Dicţionar
universal / Dictionnaire universel de la langue roumaine).
Le Larousse
illustré est mieux informé, page 963 :
« Syntaxe
(tak-se), n.f. (gr. sun, avec, et taxis, ordre). Gramm. Partie de la grammaire
qui traite de la fonction et de la disposition des mots ; étudier la
syntaxe latine. Volume où est exposée cette partie de la
grammaire. »[27]
La syntaxe commence donc avec la
disposition des mots de la phrase, et c’est pourquoi notre collègue
Froda commet une grave erreur en affirmant que les écrivains
d’après guerre vivent sur son dos comme des sangsues. Les
écrivains d’aujourd’hui sans exception écrivent de manière
si commune que leur syntaxe n’apporte rien que des choses usées – c’est
pourquoi on ne peut parler d’elle. La syntaxe commence à partir du
moment où on adresse à quelqu’un l’injure de ne pas savoir le
roumain parce qu’il a l’habitude de jouer avec l’ordre des mots et d’obliger
son lecteur à une autre respiration pour lui faire trouver le verbe
ailleurs qu’on ne le place d’ordinaire, par exemple. Alors l’écrivain est
un novateur. Il est bon novateur, quand
sa phrase a valeur de circulation – comme c’est le cas d’Arghezi –, et mauvais
quand ses phrases s’embrouillent dans la lourdeur des mots installés
gauchement, à dessein.
Hugo est un génie du
vocabulaire, un génie de la métaphore, tandis que le génie
de Flaubert – ou de Mallarmé – opère sur le plan syntaxique.
Théophile Gautier connaissait si bien le secret de la phrase qu’il en
témoigne dans une causerie recueillie par le Journal des
Frères Goncourt : « Je lance mes phrases en l’air, comme des
chats; je suis sûr qu’elles retomberont sur leurs pattes. Et c’est tout
naturel : cela suffit pour avoir une bonne syntaxe ».[28]
En résumé, la question
est extérieure à la connaissance de la langue roumaine. Elle a
deux aspects. Quand la faute se produit en fonction de la morphologie, de la
construction des mots, alors le seul juge est le goût. Je n’ai pas
nommé Monsieur Lovinescu. Mais quand la faute est dans la syntaxe, alors
le seul juge est sa valeur de circulation. Si l’erreur s’arrête à
l’artiste, elle l’asphyxie, mais si elle se continue par des racines dans
l’écriture contemporaine, elle est consacrée comme glorieuse, et
on la nomme d’après son importance, simple rébellion ou
révolution.
Rampa,
1er avril 1921, p.3.
Textes traduits par Hélène Lenz.
[1] B. Fondane, « Le Mal des fantômes », Verdier, 2006, p. 100.
[2] B. Fundoianu, Imagini
și cărţi, Editura Minerva, Bucureşti,
1980, p. 133. Les deux textes de « Nous, les symbolistes » sont
publiés dans Rampa, le 21
janvier 1919 et le 10 mars 1919.
[3] Op.cit., p. 137. Textes publiés
dans Rampa, le 2 mars, le 3 mars et le 5 mars 1922.
[4] Ibid., p.
177, p. 179, p. 180.
[5] Ibid., p. 185. Sburătorul
literar, 3 juin 1922.
[6] Ibid., p. 192 Sburătorul
literar, 10 juin 1922.
[7] Ibid., p. 194.
[8] Ibid., p. 199.
[9] C. Pricop, « Vases
communicants. B. Fundoianu et la littérature roumaine », Cahiers Benjamin
Fondane, No 9, p. 167, traduit par H. Lenz.
[10] , « A
Thaliarchus » est la neuvième ode du livre I des Odes d’Horace.
[11] Horace, « L’Art
poétique ou Epître aux Pisons », tr. française de Fr.
Richard, Garnier, 1944. Voir http ://bcs.fltr.ucl.ac.be/hor/pisons.
Voir vers 46-50 et vers 50-55.
[12] Ibid ., vers 347-360.
[13] Ibid .,
vers 55- 60.
[14] Scarlat Froda
(Weitzendorf, 1898-1964) : critique de théâtre et dramaturge. Il a
joué un rôle d’animateur culturel, directeur à partir de
1927 de Rampa, (fondé par N.D. Cocea en 1911, et supprimé en 1938 par la loi
Goga-Cuza de « purification ethnique » de la presse). Entre 1919 et 1923, B.Fundoianu y publia de nombreuses critiques dont « Syntaxe I, II, III ». Voir l’article « Scarlat
Froda », dans Al. Mirodan, Dicţionar neconvenţional al
scritorilor evrei de limbă română, vol. II DEF, Ed.
Minimum, Tel-Aviv, 1997, p. 293. N.d.T.
[15] Dès 1919,
B.Fundoianu réfute des assertions sur la « race » juive.
Voir à ce sujet : « Quelques réflexions
à propos de la race », dans Mântuirea, 17 avril 1919.
Traduit du roumain par H. Lenz dans : Benjamin Fondane à la recherche
du judaïsme, M. Jutrin, Ed. Parole et silence, 2009. N.d.T.
[16] M. Ronetti-Roman
(1853-1908). Poète, écrivain, dramaturge, auteur de : Manassé, mélodrame en quatre actes
présentant l’amour impossible entre un jeune Roumain et la fille de
Manassé Cohen de Fălticeni. Ronetti-Roman fut le premier à
exprimer les dilemmes de l’identité juive dans une œuvre en langue
roumaine. N.d.T.
[17] Gala Galaction
(1879-1961) pseudonyme de Grigore Pisculescu, prêtre orthodoxe,
romancier, dramaturge, traducteur de la Bible, lié d’amitié
à Fondane. N.d.T.
[18] Recueil de nouvelles de Gala Galaction publié à Iași en 1914 : Bisericuţă
din răzoare, Nuvele şi schiţe. N.d.T.
[19] Ballade
considérée comme une pure
synthèse de la mythologie populaire roumaine. Le récit met en
scène un berger moldave aux troupeaux magnifiques, averti par son
agnelle voyante (« mioriţa ») de la jalousie de deux
rivaux préméditant de l’assassiner. Malgré la menace, le
pâtre refuse de fuir, mais demande
qu’on avertisse sa mère d’une disparition équivalant à des noces cosmiques, dont le soleil, la lune et les étoiles seront les flambeaux.
N.d.T.
[20] Tudor Arghezi
(1880-1967). Poète admiré par Fondane. N.d.T.
[21] Vietile
Sfinţilor / Les Vies des saints du métropolite
Dosoftei : légendes hagiographiques traduites du grec et du serbe.
Aux côtés d’écrits apocryphes, attribués au
Métropolite Varlaam, au Métropolite Antim Ivireanul, au
Métropolite Simion Ştefan ou à la Bible de Bucarest (1688),
le texte fait partie de la contribution
littéraire religieuse à la formation de la langue
roumaine. Dosoftei a traduit en outre un psautier versifié (Psaltirea)
d’après le modèle polonais de Ian Kochanowski. N.d.T.
[22] Miron Costin
(1633-1691). Chroniqueur de Moldavie, l’un des premiers écrivains et
historiographes de langue roumaine. N.d.T.
[23] Ion Creangă.
Classique de la littérature roumaine, issu du terroir moldave. N.d.T.
[24] G. Dem. Theodorescu
(1849-1900). Homme politique, écrivain et historien littéraire
roumain. N.d.T.
[25] George Coşbuc
(1866-1918). Poète et traducteur
; ce laudateur de la vie rurale a été considéré
comme un maître du vers. N.d.T.
[26] Lazăr Șăineanu. Linguiste
né en 1859 à Ploieşti dans une famille juive modeste.
Attiré dès le lycée par l’étude des langues, il apprend le latin, le grec, le
sanscrit, l’hébreu, le français, l’allemand, le turc, le
hongrois, et des langues slaves. A partir de 1887, il étudie à
Paris à l’Ecole des Langues Orientales l’arabe littéraire, l’arabe
vulgaire, le persan, le turc. Ses travaux publiés en roumain et en
français sont variés et novateurs. A partir de 1892, il inaugure
les recherches historiques en linguistique roumaine. En 1901, il s’installe
définitivement à Paris, après des démarches
infructueuses pour l’obtention de la citoyenneté roumaine. Mort en France en 1934,
récompensé par des prix, décoré de la Légion d’Honneur, il n’avait
toutefois pas réussi à obtenir une chaire lui assurant des
revenus pour ses recherches. N.d.T.
[27] Passage traduit du
roumain par H.Lenz.
[28] Passage traduit du
roumain par H. Lenz.