
Jean-Yves
Conrad
DOSSIER DE NATURALISATION DE
BENJAMIN FONDANE AUX ARCHIVES
CONTEMPORAINES DE FONTAINEBLEAU
Dans le
cadre de l’écriture de mon livre Roumanie, capitale … Paris
(Oxus, 2003), je me suis efforcé de faire reposer sur des documents
incontestables les biographies des Roumaines et Roumains que j’ai
décrits : actes de naissance, de mariage et de décès, mais
aussi dossiers de naturalisation, documents d’archives et témoignages.
C’est au cours de cette phase de recherche que j’ai
accédé au dossier de naturalisation du Département de
Ce dossier
de naturalisation (décret du 16 juin 1938) est conservé au Centre
des Archives Contemporaines de Fontainebleau et a été
enregistré au Bureau du Sceau du Ministère de
Il
comporte les pièces suivantes, insérées dans la chemise
orange du bureau du sceau :
1.
La lettre de sollicitation de naturalisation de Benjamin
Fondane (LB11609), datée de novembre 1934 (1 p.).
2.
Le document questionnaire en feuille double recto-verso,
annoté, daté du 17 décembre 1934, portant l’avis
motivé du Commissaire de police
du Quartier St-Victor, en date du 19 décembre 1934 : « Cette
demande n’offre aucun intérêt. Le postulant n’a rendu aucun
service. Je propose le rejet. »
(4 p.).
3.
La transcription française de l’extrait du
registre des actes de naissance pour l’année 1898 (EH82231) de la
municipalité de Jassy (1 p.).
4.
La transcription française (10 mars 1936) de
l’extrait du certificat de dispense militaire du 20 mai 1925 relatif à
Benjamin Vexler (1 p. recto- verso).
5.
L’extrait de l’acte de mariage du 28 juillet 1931 de Benjamin
Vecsler avec Geneviève Pauline Tissier, dressé à la mairie
de St-Jean-d’Arvey (Savoie).TP[2]PT
6.
La déclaration sur l’honneur de non condamnation,
signée Vecsler Fondane Benjamin (1/2 p.)
7.
La traduction de la carte de membre de
8.
Le certificat de location au n° 6 rue Rollin
délivré en date du 9 mars 1936 par le gérant d’immeuble J.
Goulé, administrateur d’immeubles au 119 rue Saint-Antoine (1/2 p.).
9.
L’avis motivé n° 843.618 en date du 13 avril 1937
du Préfet de Police à l’attention de
10.
La convocation de Benjamin Fondane au Bureau du Sceau en
date du 30 avril 1937 (1/2 p.).
11.
Le certificat de bonne santé délivré
en date du 25 mai 1937 à Benjamin Fondane par le Docteur A. Moulin,
médecin assermenté, en vue de
naturalisation (1/2 p.).
12.
Le Bordereau de Situation des Contributions Directes et
Taxes Diverses du Quartier Jardin-des-Plantes & Saint-Victor du 5PèmeP arr. en
date du 20 janvier 1937
récapitulatif des taxes payées par Mr. Vecsler Fundoiano (1/2 p.).
13.
L’avis (26 mai 1937) du Bureau du Sceau portant mention
des différentes motivations enregistrées lors de
l’enquête : « Bons renseignements, assiduité.
Préfet ne s’oppose pas. Proposition naturaliser. Droits entiers à
mettre au décret sous le nom de Vecsler (Benjamin). Vu les bons
renseignements, la longue
résidence, la nationalité française de la femme »
(1 p.).
14.
Le document n° 843.613 portant mention des renseignements
généraux d’identité de Benjamin Vecsler dit Fundoiano et
de son épouse Tissier
Geneviève-Pauline (1 p.).
15.
La demande d’avis du Ministère de
16.
La lettre de réponse favorable (« J’ai
l’honneur de vous faire connaître que je ne vois pas
d’inconvénient à ce qu’une suite favorable soit donnée
à cette demande ») du
Ministre de l’Education Nationale en date du 2 juillet 1937 (1 p.).
17.
L’état des services pendant la guerre 1939-1940
communiquée par la sœur de Vecsler dit Fondane Benjamin (Line, Vve
Pascal) (1 p.). TP[3]PT
18.
La lettre du préfet de police n° 12875
adressée au Garde des Sceaux en date du 6 février 1942 et relatif
à
Outre
l’acte de mariage signé par Monsieur Grangeat, Maire de St-Jean d’Arvey
(Savoie), il paraît intéressant de souligner les renseignements
favorables adressés par le Préfet de Police au Garde des Sceaux
dans le cadre de
Remarques de la rédaction
1. Dès novembre 1934 Fondane avait
sollicité la nationalité française. La réponse
favorable ne parvint que le 2 juillet 1937. Une lettre de Fondane à Jean
Ballard, directeur des Cahiers du Sud, écrite le 29 mars 1938,
nous apprend que le montant des droits de sceau
afférents à la naturalisation s'élevaient à 2.024
francs. Comme Fondane ne possédait pas cette somme, il demanda à
Ballard si les Cahiers du Sud pouvaient envisager une souscription en sa
faveur. Jean Ballard envoya une lettre circulaire aux amis des Cahiers du
Sud. L'on peut consulter à ce sujet les lettres 75 à 80
publiées dans le volume : Benjamin Fondane et les Cahiers du Sud,
Bucarest, éditions de
Parmi les
contributeurs, l'on relève les noms de R. Bespaloff, C. Brancusi, R. de
Jouvenel, L. Lévy-Bruhl, I. de Manziarly, A. Schiffrin, et J. Wahl.
2. Une notice de la révision de
naturalisation à la date du 6 février 1942 affirme que Fondane
n’était pas considéré comme israélite au termes de
la loi du 2 juin 1941. Ces décisions étaient arbitraires et
dépendaient de la bonne volonté des fonctionnaires. Ajoutons que
la loi du 17 juillet 1943 retira la nationalité française aux
Juifs naturalisés après le 10 août 1927.
3. En outre, ce dossier nous
révèle divers détails intéressants :
- La date
de naissance de Fondane : étant donné qu'il est né
à 1h du matin, l'on comprend pourquoi figure tantôt la date du 14,
tantôt celle du 15 novembre.
- La
profession du père de Fondane reste vague : "voyageur".
- Le fait
que le mariage de Fondane eut lieu à St. Jean d'Arvey, et non à
Paris, comme nous le supposions jusqu'à présent.
- Les dates précises concernant le service
armé durant la guerre : incorporé le 10 février 1940, fait
prisonnier sur
